Non mais merlot quoi ?!?

Ce que j’aime, dans les Vendredis du Vin, c’est qu’ils nous donnent une excuse parfaite pour parler d’un sujet qu’il n’aurait pas forcément été facile de placer dans d’autres circonstances. Joli cadeau que nous a fait David Faria de Bicéphale Buveur ce mois-ci avec un thème bien ouvert comme je les aime : le vin contre-pied. Vous pouvez aller lire les détails (il n’y en a pas beaucoup) sur son blog, mais globalement l’idée est de parler d’un vin qui nous aura supris, une bouteille dont le contenu était en décalage certain avec son étiquette ou nos préjugés.

La tradition des VdV veut que chaque billet commence par ce dont le blogueur aurait pu parler… mais ne va pas le faire, évidemment. Comme je suis une personne très respectueuse de la tradition, je me plie volontiers à cet exercice de style. Or donc, j’aurais pu parler de foot, de la panenka de Zidane, du pied de nez de l’Équipe de France 98 que la critique (facile) voyait éliminée dès les phases de poules… mais je ne le ferai pas. J’aurais pu vous parler des Rachais de Francis Boulard, ce champagne OVNI : non seulement je l’ai déjà fait, mais en plus le taulier a eu la même idée (quand les grands esprits…) J’aurais pu j’aurais pu j’aurais pu, certes, mais il faut aussi savoir en garder sous le coude (avant de le lever).

À la lecture du thème je me suis immédiatement souvenu d’une expérience de dégustation surprenante lors du salon Millésime Bio 2013. J’étais parti, suivant les bons conseils d’un ami vigneron tourangeau, à la découverte du Domaine de la Chevalerie, sis à Restigné (37), appellation Bourgueuil et dont la gamme de vins de très haute volée mériterait que je vous en reparle ici prochainement. C’était la fin du salon, le dernier producteur que je voulais passer voir, et ils partageaient leur stand avec le Prieuré La Chaume. Trouvant impoli de ne goûter les vins que de l’un des deux, je présentais mon verre à Christian Chabirand.

Sigle du domaine Prieuré de la Chaume (appellation Fiefs Vendéens) - merlot

“Nous sommes dans l’appellation Fiefs Vendéens.”

Ah bah en v’là une autre ! Je ne vous ferai pas l’injure de citer Chirac dans ce billet, mais j’avoue que ça m’a traversé l’esprit. Fiefs vendéens, v’là encore aut’ chose ! Je redonne le contexte : j’ai trois jours de salon dans les guiboles, quelques centaines de vin au compteur, la moitié d’un serveur Google d’informations nouvelles dans la caboche, des cartes de visite plein les poches, je tends mon verre par pure chârité et la BAM ! Le guêt-apens ! L’embuscade ! Zi Ambouche ! À ce moment précis mon cerveau engourdi n’est même plus capable d’enregistrer la surprise, et mon air hébété n’a d’égal que mon inculture crasse : je n’ai jamais entendu parler de cette appellation. Ça commence fort.

“Eh ben si vous connaissez pas, que diriez-vous d’une petite dégustation à l’aveugle ?”

Bien sûr… il manquait plus que ça. Au moins j’aurai des excuses ! Bon, d’accord mais des indices quand même, par pitié : “y a quoi comme cépages autorisés dans votre appellation ?” Haussement d’épaules : “oh ben vous savez, chez nous, un peu tout est autorisé”. Sympa. Ça va vachement m’aider, ça. C’est donc parti pour le premier vin (la cuvée Bel Canto) au son de “y a pas grand monde qui trouve…” (évidemment, et sans vouloir dévoiler la fin, je ne dis ça que pour me faire mousser parce que j’ai trouvé, hein, entendons-nous bien !)

“Hmm… y a de la pomme… y aurait pas aussi de la betterave ?” Nan j’déconne ! Bon, c’est fruité, ma mémoire olfactive (en mode pilotage automatique) place ça plutôt dans le bordelais, et il y a ce côté légèrement écoeurant que j’associe invariablement à ce cépage en particulier : “ça serait pas du merlot par hasard ?” Air surpris de mon interlocuteur : “ah oui c’est ça !”

1-0 (non c’est pas du foot, vu comme j’ai la tête sous l’eau ça doit plutôt être du water-polo, de nuit, au large de l’île de Ré)

Deuxième bouteille, cuvée Bellae Domini. “Je vous préviens, c’est plus difficile.” Ah bon ? Ça sent le poivron, non ? C’est autorisé le cabernet sauvignon chez vous ? Ben vous savez, chez nous… ok ok, ça va. D’ailleurs, c’est où chez vous ? D’ailleurs, c’est où la Vendée ? D’ailleurs, dans quel état j’erre ? “Nous avons le vignoble le plus au sud des vins de Loire.” Certes. Admettons que du CabSauv puisse y mûrir, alors. Air triomphal du vigneron “y a du cabernet sauvignon dans l’assemblage, mais en fait c’est surtout du merlot”. Nan mais qu’est-ce qu’il a, lui, avec son merlot ? Il me cherche ? Ça va bien maintenant !

Un partout, la balle au centre (ça se voit que je ne connais pas les règles du water-polo ?)

Troisième vin, cuvée Orfeo, je dois sauver mon honneur. Et là, c’est le drame. Ça sent la cerise. En fait, non, ça sent même carrément le grenache. Critical system failure: unable to access memory at 0xffffffff – fatal error: stack overflow – core dumped – rebooting… Je veux bien être gentil 5 minutes mais là, du grenache, même au sud du sud du sud de la région Loire, ça va juste pas être possible. Sourire : “alors, ça vous fait penser à quoi ?” Je passe en revue tous les cépages qui pourraient vaguement mûrir dans le coin : y a pas le côté végétal ou les tanins des variantes du Cabernet ; c’est pas du Gamay, j’aurais eu envie de vomir (*) ; trop costaud pour du Grolleau, trop sophistiqué pour du César, clairement pas du Pinot ni de la Syrah… “Franchement, ça ressemble à du Grenache, même si je sais pertinement que c’est pas possible.” Sourire. Il a gagné. Et là, tout d’un coup, je comprends : c’est encore du $@%#!& de merlot ! Non mais merlot, quoi ?!?

Pour le coup, j’ai commencé les démarches auprès de l’état-civil pour changer mon prénom en Miles

(*) je précise que je dis cela sans animosité aucune envers les vignerons qui cultivent ce cépage, l’odeur du Gamay me donne en effet envie de vomir (sauf quand il est vraiment très mûr et ne sent plus le Gamay), conséquence probable de soirées étudiantes Beaujolais Nouveau un peu trop arrosées… qui sème le vent…

—Guillaume Deschamps (@GDwine)

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